Les Cahiers Marxistes

Critique multidisciplinaire et éducation permanente depuis 1969

150 ans 1/2 après le Manifeste

CM n°210
sept.-oct. 1998
Couverture du Cahier Marxiste 210

Le Manifeste du Parti Communiste a cent cinquante ans, depuis six mois. Cet anniversaire, nous le célébrons en proposant, d'une part, une réhistoricisation de sa lecture avec Michel Godard - qui s'intéresse au cadre bruxellois de sa genèse - et avec Francis Bismans - qui nous rappelle le contexte historique européen de son élaboration; et en présentant, d'autre part, trois importantes contributions qui ont en commun de s'inscrire dans la descendance des travaux théoriques de Marx tout en s'extrayant résolumment du dogmatisme qui a - trop souvent - été le fait de la vulgate marxiste.

Gérard Duménil et Dominique Lévy avancent l'idée que trois crises successives du capitalisme (fin XIXe, autour de 1929 et aujourd'hui) débouchent sur l'émergence d'un nouveau mode de production, qu'ils qualifient de capito-cadrisme, combinaison hybride de rapports capitalistes et cadristes, c'est-à-dire dominés par les cadres d'entreprise. Le philosophe Jean-Renaud Seba, insatisfait par le vieil argument de la supériorité pratique du matérialisme, plaide pour une confrontation rationnelle avec l'idéalisme, et appelle Kant à la rescousse pour étayer sa démonstration. Et l'historien Pierre Lebrun montre le caractère séminal des travaux de Marx pour comprendre le progrès technique et la croissance.

Cent cinquante ans après le Manifeste, la presse a beaucoup plus parlé du Livre noir du communisme. Question induite par celui-ci : "le communisme réel", et les crimes dont son histoire révèle l'existence, seraient-ils la réalisation concrète des projets dessinés dans le Manifeste ? Nous vous proposons deux réponses, convergentes quant aux criantes lacunes méthodologiques du Livre noir, mais divergentes quant à l'appréciation politico-morale : Jean-Marie Chauvier, y voit, comme nous, un obstacle à la poursuite du débat sur l'histoire du communisme, tandis que Giovanni Carpinelli considère qu'il fait oeuvre utile.

Conclusion provisoire, en rappelant l'existence et la vie des justes du communisme, avec Didar Fawzi qui retrace l'histoire de l'un d'entre eux, Henri Curiel - rappel dont l'utilité politique et morale nous paraît, elle, certaine.

Sommaire