Les Cahiers Marxistes

Critique multidisciplinaire et éducation permanente depuis 1969

William Morris, un héritage rouge et vert, et centenaire

CM n°204
nov.-déc. 1996
Couverture du Cahier Marxiste 204

A l'heure d'Europalia Horta, chacun a l'occasion de réfléchir à un formidable paradoxe : l'architecture de l'ère industrielle s'est inventée dans les formes et les moyens de la perfection artisanale.

En Angleterre et quelques décennies avant, William Morris avait plus précisément fondé une éthique de la compétence artisanale et de la sauvegarde de la nature, en prenant pour référence ... le Moyen-âge. Contre l'industrialisme : la prolifération de la camelote et le saccage des paysages (au XIXe siècle !).

Il avait montré la force novatrice de cette éthique : écrivain et traducteur, puis dessinateur, décorateur, typographe, Morris a acquis une célébrité multiforme.

Il s'est ensuite et parallèlement engagé politiquement : d'abord libéral, pour la paix contre la politique impériale, il deviendra un des fondateurs du socialisme anglais. Son éthique de l'artisanat et de la protection de la nature aura en effet une deuxième descendance paradoxale : le défenseur médiévaliste de l'ouvrier contre l'aliénation devient un penseur moderne, et un protagoniste du changement social et de la société sans classes. Dans le mouvement socialiste naissant, son militantisme courageux lui vaut, dès son vivant, l'estime de tous, en Grande-Bretagne et en Europe.

Et il fut encore un des fondateurs de la Société pour la Protection des Anciens Bâtiments.

Morris a été oublié, assez totalement sur le continent, et soumis à une mémoire sélective en Grande-Bretagne. Faire revivre son héritage, qui a existé en Belgique entre Van de Velde - le fondateur de La Cambre - et Vandervelde - le dirigeant socialiste - est affaire de justice autant que de lucidité. A propos du vert et du rouge, de l'utopie, de l'éthique, du travail et de l'art. On peut revisiter le passé en inventant l'avenir.

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