Les Cahiers Marxistes

Critique multidisciplinaire et éducation permanente depuis 1969

La Terre : trop humaine planète ?

CM n°180
août 1991
Couverture du Cahier Marxiste 180

Global Change, planète en danger, nous sommes tous sur le même navire... Si un thème fait aujourd'hui recette, c'est bien celui-là, qui cristallise un des consensus dans lesquels se reconnaît l'opinion publique. Mais si nous l'abordons aussi, après bien d'autres, c'est qu'il nous a semblé, immodestement sans doute, que nous pouvions en proposer une approche qui évite le piège du rabâchage.

Cette approche se veut politique et scientifique : politique, pour mettre en évidence les choix à opérer, pour repérer les forces en présence, pour désigner les enjeux ; scientifique, pour échapper au sensationnalisme, pour comprendre la nature du remodelage anthropique de notre planète.

Politique : le combat écologique transcende-t-il les oppositions plus traditionnelles ? Comment interfère-t-il avec le vertigineux déséquilibre Nord/Sud, avec l'anti-capitalisme, avec les luttes de classes ? Réponse en trois points autour d'un amalgame, celui du rouge et vert, par Alain Lipietz qui nous annonce que la guerre de l'environnement est déclarée ; par George Labica qui met en rapport écologie et lutte des classes dans une attaque frontale contre le productivisme ; et par Rosine Lewin qui traite les interventions papales en la matière comme un révélateur de l'ampleur du phénomène politique.

Scientifique : cette partie de notre numéro est un pari, celui de la lisibilité d'une information originale fournie par les scientifiques qui ont agité le grelot face aux menaces émanant de l'évolution climatique, de l'épuisement des ressources naturelles et de l'accumulation des nuisances. Gilles Billen présente l'écologie comme discipline scientifique et compare la gestion des ressources naturelles par différentes sociétés à travers les âges. L'évolution est nette et inquiétante. Le problème le plus chaud - sans jeu de mot - est celui de l'effet de serre : trois articles y sont consacrés, par le climatologue André Berger qui fait le point sur l'état actuel des connaissances à ce sujet, par le chimiste Roland Wollast qui nous explique le cycle du CO2 et par le géographe George Peeters qui nous montre comment les corrélations climat/gaz à effet de serre ont été établies par l'étude de la composition des glaces de l'Antarctique. En contre-point, l'historienne Claire Billen met en garde contre l'impérialisme culturel de la climatologie - la Révolution française n'est pas seulement l'effet de mauvaises conditions climatiques ! Christian Vandermotten, encore un géographe, développe une idée de la même veine en revenant sur le fameux rapport du Club de Rome, à propos de la notion de surpopulation, notion quelque peu fourre-tout dont il convient de bien apprécier le caractère relatif.

Le dossier s'achève avec trois articles qui nous ramènent à des préoccupations plus locales. Jean Rymenam décrit les nombreuses difficultés d'une agriculture biologique respectueuse de l'environnement, de notre santé et de notre palais. René Schoonbrodt nous présente le Livre vert des villes, production récente de la Commission européenne, qui traduit un élargissement bien venu des préoccupations de cette Commission. Enfin, Pierre Gillis se penche sur nos poubelles, triste revers du triomphe de la consommation.

Hors dossier, mais en pleine actualité, nous avons fait appel aux compétences d'Hubert Cambier, ancien correspondant du Drapeau Rouge, pour nous éclairer sur le contexte qui a à la fois rendu possible et fait échouer le putsch d'août 1991 à Moscou.

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