Les Cahiers Marxistes

Critique multidisciplinaire et éducation permanente depuis 1969

Marxisme : fluctuat nec mergitur

CM n°178
avr. 1991
Couverture du Cahier Marxiste 178

Francis Fukuyama, haut fonctionnaire au département d'Etat U.S., a célébré les bouleversements politiques de 1989 en Europe Centrale par un article intitulé La fin de l'histoire. Il y prend acte de la mort du marxisme, à présent qu'il a cessé de " s'incarner " dans la politique d'aucun grand Etat.

Cette interprétation des faits, largement partagée au demeurant, n'est pas la nôtre. Notre marxisme n'est pas une philosophie d'Etat ; qui plus est, nous pensons au contraire que c'est d'avoir endossé cet habit, celui de l'apologétique, qu'il risque d'étouffer.

La livraison que nous vous proposons se veut démonstration de la consubstantialité du marxisme et de la critique sociale, fil d'Ariane reliant entre elles les diverses contributions de notre numéro.

Le papier de George Labica est un manifeste à l'appui de cette idée. Jean-Jacques Heirwegh y revient de manière plus précise à propos de l'histoire ; un entretien avec Maurice Godelier fait le point sur ce qu'il considère comme le socle matérialiste dû à Marx, indispensable à l'analyse du mouvement des sociétés. Michel Gheude et Daniel Peraya débattent de marxisme et langages, un sujet qui fut à la mode il y a une quinzaine d'années, précisément alors que les projets de transformation sociale étaient vigoureux, un sujet dont Didier Dupont nous rappelle aussi certains des avatars qu'il a connu au XXème siècle. Marc Rayet et Pierre Gillis exhument les thèses défendues par Boukharine au Congrès d'histoire des Sciences et des techniques de Londres en 1931, et insistent sur leur modernité du point de vue de la programmation du développement scientifique. Jacques Aron poursuit le travail critique-reconstruction à propos des arts plastiques, et Michel Godard montre le rôle fondateur de idées de Marx pour les sciences sociales.

Le livre récemment publié par Jacques Nagels est l'occasion de discuter les problèmes politiques évoqués par Fukuyama, dont il est fait état plus haut. Claude Renard introduit ce qui fut un double débat, entre l'auteur, Ernest Mandel et Mario Telo d'une part, entre l'auteur toujours et Jean-Philippe Peemans de l'autre.

Enfin, le numéro se ferme sur deux contributions touchant à l'histoire du mouvement ouvrier, l'une par Thomas Meyer, directeur de la Fondation Ebert, qui analyse l'intégration des idées écologiques dans le nouveau programme du SPD allemand, l'autre par Jacques Aron qui plaide pour un bilan du mouvement communiste.

On sera frappé comme nous même l'avons été, par l'importance des convergences au-delà des contradictions garantes de santé intellectuelle, qui rendent crédible un projet de redéfinition et de relance d'un marxisme critique. C'est ce qui justifie le titre que nous avons choisi : fluctuat nec mergitur - il est battu par les flots mais ne sombre pas !

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